Brute et Radicale : La formule WETTA expliquée à ta mère.

À une époque ou même les créations « alternatives » doivent répondre à des codes précis pour en mériter l’appellation (un comble), fusionner BD indés et comics à licences au sein d’une même ligne est déjà une idée à part.

Lorsqu’on vous dit que Wetta ne fait rien comme les autres et que ses livres ne sont pas faits pour plaire à tout le monde, ce ne sont pas des paroles en l’air ou un argument marketing… mais la stricte vérité.

En découvrant le premier tome de Robocop : Mort ou vif, le premier album Wetta dans les rayons en octobre 2014, vous risquerez d’être surpris à plus d’un titre.

Sérieusement.

La forme et l’aspect de ces livres sont réellement différents de ce que vous avez l’habitude de voir… en particulier si vous êtes un lecteur de comics abonné aux jolis albums français cartonnés en 17×26 cm.

Explications :

 

Je vois cette œuvre comme le fruit d’une époque enterrée. J’ai imaginé ce livre comme une bande dessinée vintage oubliée . J’imaginais un type entrer dans un comic-shop et fouiller dans la section vieilleries, lorsque soudain il tombe dessus et se demande « je n’ai jamais lu ce bouquin, c’est écrit par Frank Miller et Steven Grant, et dessiné par un mec dont je n’arrive même pas à prononcer le nom. Je ne savais même pas que ça existait ! Comment j’ai pu passer à côté ?! » C’est ce sentiment que j’ai voulu créer ; Je ne voulais pas d’un truc branché et léché mais lui donner un air subtilement daté de déjà vu.

Korkut Öztekin, dessinateur de RoboCop : Mort ou vif.

 

BOOM! Studios a fait le choix audacieux de confier le destin d’une BD à licence aussi prestigieuse et connue que RoboCop à un dessinateur à la démarche aussi radicale que Korkut Öztekin. Wetta pousse la logique jusqu’au bout : là ou d’autres auraient noyé cette admirable démarche artistique sous reliure cartonnée et papier glacé, le genre de bouquin conçu pour ronfler tranquillement dans une bibliothèque, Wetta publie un livre brut, organique, et sans fioritures.
Une démarche tirée d’une réflexion sur l’essence même d’œuvres qui se veulent libres et directes, issues d’auteurs libres de leurs choix, même lorsqu’ils s’exécutent sur des BD dérivées de films :

« Après tout, avec la volonté de proposer un tel contenu, pourquoi se conformer à la masse dans la forme ?»

Une formule qui sera appliquée aux futurs titres du label, destiné à publier BD indépendante et comics à licences. Une démarche jusqu’au-boutiste qui se concrétise par des ouvrages affirmant clairement la personnalité de la ligne. Une forme en accord avec l’œuvre et la philosophie du label.

En clair, voici à quoi s’attendre :

PAPIER : Fin et brut. Il fut l’authentique papier des comic books jusqu’à la fin des années 80, celui qui continue d’être utilisé par la small press. Il offre le grain et l’aspect décalé recherché et assumé.

COUVERTURE : Souple. C’est l’élément distinctif commun aux trade paperbacks américains et aux albums indés. Seule concession à l’aspect « bel objet » qu’on attend d’un ouvrage en librairie : un couché mat doux comme du cuir tanné, hyper agréable au toucher.

FORMAT : Plus carré, il permet d’unifier la BD continentale (généralement aux formats DIN), les comic books américains (6.63×10,24 in) et les comics britanniques (ratio tabloïd). Ce format, c’est le .115 (25×19 cm).

Vous êtes prévenus. Si vous appréciez la normalisation ambiante qui pèse sur la création comme la pensée unique pèse sur les esprits, passez votre chemin.

Dans le cas contraire, bienvenue chez vous !