Entretien avec K.I. Zachopoulos

La Mastication du Vampire dans son Tombeau sort en album monochrome à l’automne 2016. C’est l’occasion de publier cet entretien avec son auteur, le grec K.I. Zachopoulos, réalisé en 2015 et inclus à l’époque dans l’Édition Spéciale du livre.


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Wetta : Parle-nous de ta carrière en quelques mots

K.I. : J’ai commencé par écrire des nouvelles mais j’ai rencontré Vassilis Gogtzilas m’a fait fait entrer dans le monde de la bande dessinée . Depuis on a travaillé ensemble sur Mister Universe (Image Comics, Popgun anthology) et Misery City (Markosia). Après l’horreur surréaliste de Misery City, j’ai créé La mastication du vampire dans son tombeau avec Christos Martinis (the fang chez Markosia). En ce moment je travaille avec Vincenzo Balzano pour un éditeur américain.

W : Christos m’a tué avec ses planches, je qualifie cette oeuvre de “livre d’ambiance”, où l’histoire sert à délivrer une série d’illustrations destinant le tout à créer des sensations plutôt que de raconter et décrire graphiquement un récit de manière conventionnelle. Comment en es-tu arrivé à travailler avec lui et quelle était votre approche ?

K.I. : J’avais besoin d’utiliser l’horreur de la façon dont je la ressentais, dont j’en avais peur. Pour moi l’horreur doit être quelque chose qui flotte dans l’air, une atmosphère, plutôt qu’un moyen de dégoûter gratuitement. J’aime quand les lecteurs s’en méfient, la sentent, l’attendent. Parfois elle surgit, parfois elle dans l’attente elle-même, c’est comme le silence dans la musique. L’horreur ne réside pas seulement dans la déformation de ce qui est perçu comme la normalité mais aussi dans l’absence de cette dernière. J’ai rencontré Christos lors d’une séance de dédicace de Misery City en Grèce et je suis tombé amoureux de son style. Au contact des dessinateurs, tu apprends à améliorer ta méthode d’écriture mais tu améliores aussi ta perception de l’esthétique que va prendre sa concrétisation. J’ai voulu d’un livre qui soit immergé dans cette horreur que j’aime. Je déteste voir les images illustrer servilement les dialogues. Les images doivent raconter l’histoire et l’art doit créer le sentiment. Si tu as besoin d’une douzaine de bulles par planche pour installer une ambiance et raconter l’action, c’est qu’il y a un sérieux problème.

W : Ce Dracula a énormément en commun avec le comte Orlok (« héros » du Nosferatu de Murnau), alors que le public est habitué à l’image “classy” qu’on lui donne. Pour ceux qui n’ont jamais lu le roman original de Stoker, dis-nous si cette apparence est en accord avec lui ou si tu as mélangé plusieurs représentations pour nous délivrer la tienne.

K.I. : On avait besoin d’un Dracula monstrueux. Un être dont l’apparence incorporait tout ce qu’il peut y avoir de négatif. La laideur, la colère, la faim, la haine, la vengeance, l’isolement, l’aliénation. Cette représentation évite une énième description inutile de ses combats intérieurs et contourne le petit jeu assommant de la sur-analyse psychologique. Des douzaines de films et des milliers de gens s’extasient déjà à discuter et méta-discuter de la pop culture, s’en est déjà devenu suffisamment lourd et ridicule comme ça. Faire passer Dracula du stade de paria traqué dans le Londres victorien à celui de fléau divin à New York est assez démonstratif de ce que le livre a à dire et de ce que ressent le personnage. Cette tendance à vouloir humaniser les monstres tue l’horreur, on parle de leurs sentiments, on révèle leurs petits secrets; c’est royalement stupide d’adopter cette approche psychiatrique pour un conteur, ça ôte tout leur intérêt. Tu sais, cette phrase : “Dans sa demeure de R’lyeh, le défunt Cthulhu attend en rêvant”, quelqu’un sait de quoi il rêve ? Personne. Mais tout le monde peut se les imaginer. Un vrai monstre ne peut de toute façon pas être compris et analysé selon les standards sociaux.

W : La Grèce est une merveille, il a donné au monde La République, les dieux de l’Olympe et au-delà de tout ce qui est cool, l’île de Lesbos 🙂 La nation est à présent plaquée dans la boue par la stupidité de l’U.E., comment tu vis cette ignominie ?

K.I. : Malheureusement, on ne peut qu’être spectateur de la situation. Je vis à présent en Allemagne et je visite la Grèce le plus souvent possible. Les gens qui y vivent toujours décrivent des conditions de vie déplorables. Ceux qui en parlent de l’extérieur n’ont pas idée de l’état catastrophique dans laquelle ils se trouvent. Les grecs travaillent du matin au soir pour gagner trois ou quatre fois moins que le reste des européens. Personne ne les protège du gouvernement qui en fait ce qu’il veut et ils sont critiqués pour des choses qui relèvent plus du fantasme que de la réalité. Ceux qui ont pu quitter le pays ne peuvent avoir que des instantanés de l’histoire d’une nation à bout de nerfs, on ne nous donne pas le récit de leurs vies réelles. Les politiciens et les analystes peuvent décrire les causes de cette crise comme ils veulent et imposer leurs solutions mais seuls le peuple doit en supporter les conséquences.

W : Quels sont tes plans pour l’avenir ? Tu prépares un nouveau roman graphique ?

K.I. : Oui ! Je travaille en ce moment avec Vincenzo Balzano pour créer quelque chose de merveilleux mais qui doit reste secret pour l’instant ! (annoncé depuis, il s’agit de The Cloud, publié par Archaia, ndr)

 

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